top of page
Rechercher

Jeter l'ancre

Dernière mise à jour : 9 juil.



L’ancrage est-t-il une quête qui gouverne notre existence ? Notre rapport aux lieux est complexe. Certains, inconnus jusqu’alors, sont perçus d’emblée comme étant depuis toujours notre endroit. Au contraire, le nid de l’enfance peut, avec une trop cruelle mélancolie, être aussi douloureux qu’une plaie ouverte face à la perte des proches et ne plus ressembler au lieu d’appartenance que l’on aimait tant. 


 Puis il y a les non-lieux, ceux qu’on ne connaît pas encore, qui ne sont pas voués à devenir exclusivement les nôtres mais où l’on a déjà posé l’ancre sans le savoir et pour toujours. 


 Comme le Vaisseau rouge.


 En 2020, à force d’être confinés, on élargit nos horizons. Pourquoi ne pas quitter Paris ? Voir si l’herbe est plus verte ailleurs et moins grise que le bitume ? Mais ailleurs, c’est où ? La cartographie se construit à coup de hasard, pétrie des peurs qui restent et consolidée par l’espoir de nouveau. On marque des points en privilégiant les trajets directs vers la Capitale; on s’invente des jokers : si le train s’arrête, le RER prendra le relais. On pourra toujours atteindre le refuge. On rêve de nature et de saisons : il faudra des forêts flamboyantes en automne, des vallées blanches comme neige en hiver, des potagers féconds en été, des jardins pleins de promesses au printemps et un fleuve d’eau vive toute l’année. 


On imagine déjà les rencontres : le cerf majestueux dans la clairière, le renard furtif pénétrant les villages, le rossignol curieux s’approchant des fenêtres, le hérisson imprudent traversant les routes, l’escargot nonchalant croisé les jours de pluie. On comprendra plus tard que les animaux des contes de fée ne sont pas les seuls compagnons. Il y a le voisin qui taille ses rosiers et parle à son chien, la jeune institutrice qui rient avec ses deux filles, les jeunes amoureux qui vers vingt heures accaparent le banc de la place pour se bécoter passionnément, l’horticulteur affairé à ses plantations, l’épicière qui ouvre tous les jours et par tous les temps à l’aube et l’ébéniste qui câline les essences de bois dans son atelier. Cet ailleurs sera celui de toute une tribu d’anonymes qui partagent le même village. C’est à ce moment-là qu’on embarquera vraiment. C’est l’appel de l’ancre. On se pose. On ose les dialogues impromptus, les soirées inopinées, le café partagé, les âmes-sœurs inattendues.    


 Bienvenue à Brannay.




 
 
 

Posts récents

Voir tout

Commentaires


bottom of page