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Refuser l'hallali

il y a 1 jour
2 min de lecture

L'automne est la saison de la rentrée littéraire en France. Les jurys choisissent, les libraires remplissent leurs tables de nouveautés, les lecteurs cèdent aux sirènes des inédits romanesques. Une effervescence joyeuse et légère à laquelle on s'adonne avec le petit plaisir coupable de s'abîmer dans une certaine forme de snobisme même si le goût de la littérature gouverne notre fébrilité. Et puis, survient un scandale comme notre époque sait si bien les orchestrer : un auteur lauréat de plusieurs prix aurait rédigé son texte avec l'appui massif d'une intelligence artificielle. Qu'importe la source de l'incendie, les pages médiatiques s'embrasent en quelques heures. A mort l'auteur, la chasse à l'imposture est ouverte. Certains se targuent de l'avoir toujours su, d'autres se parent de mépris -de toutes façons, il n'aimait pas ce texte- beaucoup prédisent la mort de l'écrivain puisque la machine qui avalent tous les livres saura produire à l'envi des histoires et des styles.


Méfions-nous de l'hallali. Choisissons avec mesure l'objet de nos traques. La création est un acte complexe et secret. Elle se nourrit de tout. Des souvenirs, des cauchemars, des rencontres, du temps qui passe, des futurs en marche. L'auteur est un apprenti sorcier pris au piège de son alchimie. Dans ce laboratoire de savant fou, tout y passe, depuis toujours : la litanie d'un texte qui hante l'inconscient, l'hubris de dépasser des maîtres, la puissance dévastatrice du désir de dire, l'incapacité tenace d'écrire. Dans ce brouhaha psychotique éclot une œuvre. Un monstre de Frankenstein qui se croit un enfant immaculé. Il trouvera ou non sa place en littérature. C'est encore une autre histoire. Écrire, ce n'est pas produire, c'est fabriquer à partir de ce que l'on trouve, de ce que l'on est. C'est contingent et miraculeux.


De grands auteurs et de magistrales autrices sauront dialoguer avec des machines pour créer autrement. De scandaleuses relations en perspective comme il y en a toujours eu : La Fontaine qui puise dans l’œuvre d'Ésope pour donner vie à une faune dénonciatrice des bêtises de l'Homme, André Breton et Philippe Soupault pour laisser libre court à une écriture indomptable et indompté, Alexandre Dumas et ses collaborateurs pour que le comte de Monte-Cristo assouvisse sa vengeance. Ainsi soit-il. Dans ces compromis, ces processus et ces choix, l'art trouvera sa voie au milieu d'un carrefour tonitruant de technologie, d'usurpations et de commerce éphémère. Ne traquez pas la littérature où elle n'est pas. Renoncez à la chasse, préférez le voyage.


Bienvenue dans la bibliothèque du Vaisseau rouge.







 
 
 

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